Leos Carax
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Leos Carax est un réalisateur français (de son vrai nom Alex Dupont) né le 22 novembre 1960 à Suresnes, près de Paris.
Il réalise d'abord en 1980 un court-métrage de 17 minutes intitulé Strangulations blues. Ce film est aujourd'hui très rarement projeté.
Son univers poétique urbain, son style écorché vif et son lyrisme en font un des réalisateurs les plus prometteurs au début des années 1980. Boy Meets Girl (1984) avec Denis Lavant et Mireille Perrier et Mauvais sang (1986) avec Denis Lavant, Juliette Binoche et Michel Piccoli sont des films pleins de fulgurances et de romantisme noir qui ont marqué leur époque.
Leos Carax s'attaque ensuite à un projet ambitieux à gros budget Les Amants du Pont-Neuf, interprété par son acteur fétiche Denis Lavant et sa compagne d'alors, Juliette Binoche. Budget dépassé, problèmes à répétitions, la rumeur enfle sur un tournage maudit. Carax doit l'achèvement de son film à l'intervention de Christian Fechner (le film fut à l'abandon pendant plusieurs mois). En plus de cet échec commercial mais pas artistique, la personnalité au bord de l'autisme de Carax ou simplement intransigeante avec son art n'incite pas les producteurs à le soutenir. En 1991, Les Amants du Pont-Neuf est néanmoins un succès critique, un demi échec public en France, mais un film qui fait le tour du monde.
Il faudra attendre 1999 pour que sorte Pola X (interprété par Guillaume Depardieu, Katerina Golubeva et Catherine Deneuve), très mal accueilli par la presse et le public (sélection officielle à Cannes). Mais soutenu ardemment par quelques uns (dont le cinéaste Jacques Rivette : "Pour moi, le plus beau film français des 10 dernières années"). Une version plus longue, diffusée en télévision au début des années 2000, fut l'occasion d'une révision et d'un jugement beaucoup plus favorable.
Il prépare actuellement son nouveau long-métrage intitulé Scars, tourné en anglais, entre les USA et la Russie.
Il a réalisé des clips pour Iggy Pop, New Order, et Carla Bruni (il a écrit avec elle les paroles d'une chanson (Quelqu'un m'a dit) de son premier album).
Comme acteur, il a joué dans Les Ministères de l'Art de Philippe Garrel, King Lear de Jean-Luc Godard, The House de Sharunas Bartas, Process de Charles S. Leigh, 977 de Nikolay Khomeriki, et dans le prochain film de Harmony Korine.
En décembre 2004, Leos Carax obtient une rétrospective et une carte blanche a la Cinémathèque française où il décide de programmer quatorze œuvres dont Après nous, le déluge de Howard Hawks (1933), Fleurs de papier de Guru Dutt (1959), la Foule de King Vidor (1928), la Petite Lise de Jean Grémillon (1930) et le Soldat américain de Fassbinder (1970).
[modifier] Citations
Texte de la rétrospective à la Cinémathèque française :
AU VIEUX PALAIS
Une rétrospective au Palais de Langlois, c'est beau (et un peu triste aussi, comme tout ce qu'on regarde dans un miroir).
Comment se fait-il que des gens aussi jeunes que nous aient déjà 40 ans?
Une rétrospective de quatre films, c'est terriblement court. Au fond, je n'aurai pas vécu une vie de cinéaste. Seulement celle d'un homme à qui il est arrivé quelques fois de faire des films. Pourquoi? Une Muse très putain, qui s'éclipse dès qu'elle peut… du mal à trouver des êtres que je veuille filmer… des vagues de dégoût… de grandes déceptions (de soi, de pas mal d'autres)… et puis Poisons! Cendres! Nuit! Confusion chaotique!
L'ARGENT
J'aurais tout de même pu, je pense, faire deux ou trois films de plus. Mais mes rapports avec la finance n'ont pas été bons. Je n'ai pas été rentable à courts termes, et dans ce cas, mieux vaut savoir se faire discret (pas trop cher; humble); et je n'ai pas su. Je ne suis pas le premier cinéaste cher non rentable. Mais il se pourrait que j'ai été un des derniers.
Alain Dahan, le co-producteur de mes premiers films, me manque. C'était un juif à barbe noire, exécrable et irrésistible. Il n'était pas riche du tout hélas, mais il avait une redoutable folie. Cette folie (de la dépense ou de l'économie, qu'importe), j'ai toujours pensé qu'elle était indispensable au cinéma (car comme disait à peu près Louis-Ferdinand Céline, "Il faut bien un certain délire au moment du coït pour faire un enfant"). Mais où est-elle donc passée? Qui est là pour reprendre l'injonction de Jean Cocteau, "À l'impossible on est tenu!"?
LUEUR ET JOIE
Les films qui savent où ils vont n'arrivent nulle part. Faire du cinéma n'est pas jouer à la dînette (même si la plupart des réalisateurs ne font que ça). Il ne s'agit pas de dessiner de nouveaux habits, de nouvelles maisons, de nouveaux flingues pour nos poupées; ni d'injecter de la psychologie dans leurs crânes creux en plastique. Il ne s'agit pas de s'arranger pour que l'eau coule vraiment du faux robinet de la fausse cuisine. Il faut au contraire tout foutre à terre, tout ce qui est déjà construit. Partir du chaos en soi et alentour, et chercher dans le noir une lueur nouvelle, s'avancer pas à pas vers cette lueur dont on n'est jamais sûr qu'elle ne soit pas un mirage (mais mieux vaut encore découvrir un mirage que fixer un néon). Marcher vers cette lueur est une expérience.
J'ai eu une vraie chance dans ma vie : rencontrer tôt quelques complices intimes avec lesquels partager cette expérience. Je leur doit tant. Ensuite il y a eu des morts, des divorces. Faire un film "seul" est possible, mais ça enlève de la joie. Et moi je veux la joie (le beurre, l'argent du beurre, et le sourire de la Joconde).
L'ILE AUX MILLE TRÉSORS
Lorsque j'ai décidé vers mes treize ans de changer de nom, je ne m'intéressais pas encore au cinéma. Mais je craignais que rien de ce que la vie aurait à offrir ne me contenterait. C'est un peu plus tard que j'ai réellement saisit que derrière un film, il y avait un homme. Et que cet homme habitait une île. Une île jeune, avec bien des recoins encore inexplorés, mais déjà pourvue d'un vaste et beau cimetière. J'avais enfin trouvé mon pays.
Mes deux premiers films ont voulu fêter ce pays qui semblait m'adopter (ou que je squattais?) et ses pionniers . Et puis, comme Groucho qui ne voulait surtout pas appartenir à un club qui l'accepterait comme membre, j'ai fuit la petite île, devenu trop étouffante. Ça a donné un film, Les Amants du Pont-Neuf, qui croyait repartir de zéro!
Les Amants du Pont-Neuf ont cassé ma vie en deux (certains diront que je l'ai cassée tout seul; ils n'ont pas tout à fait tort, mais ils sont loin d'avoir tout à fait raison). Deux sentiments étaient comme les deux clés de la partition de ce film : le sentiment de l'irrémédiable et le sentiment de l'inespéré.
Après un arrêt forcé de sept ans, je réalisai pour la première fois un film adapté d'un roman. "Pola X" est mon premier film classique (d'un classicisme que j'espère inventé). Je veux dire, ma première tentative d'affronter frontalement un récit (un récit qui aurait pu exister –qui a existé-- sans le cinéma). Ça a été mon échec le plus franc; mon meilleur travail aussi je crois.
LE SOLEIL DES MORTS
Mais à relire ce qui précède, j'ai un peu le sentiment d'avoir rédigé là ma propre nécrologie. (Et sur l'urne qui contiendra mes cendres, que soit inscrit : "J'ai enfin arrêté de fumer. Adieu et merci aux aimés") Or, je suis tout à fait vivant (me paraît-t-il à l'instant). La preuve, c'est que je n'arrive pas à financer mon nouveau projet, "Scars" (surnommé "Guerre et Châtiment"). Oui, je suis vivant en cet automne 2004, et il fait moche dans mon pays riche. Mes films? Ils vivent aussi (dans l'espace et le temps). Est-ce que j'espère leur postérité? Oui hélas, je compte bien sur cette chienne. J'aimerais pouvoir être aussi sûr que Nicolas Vassiliévitch Gogol: "Je sais qu'après moi, mon nom sera plus heureux que moi-même".
En attendant je suis, oui, heureux de montrer ici mes films, à l'ombre de quelques autres bien plus beaux --de ceux qui nous aident à traverser, à vif mais vaillants, les mirages de la vie.
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